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D’autres vies que la mienne, une autofiction pleine d’humanité d’Emmanuel Carrère

Chers lectrices et lecteurs, voici un nouvel article pour vous parler d’une de mes dernières lectures, que j’ai beaucoup aimé… Vous connaissez sûrement le titre et son auteur, n’hésitez pas à me partager vos impressions en commentaire et à me conseiller d’autres romans de ce style! 🙂

Publié en 2010

334 pages

Résumé de l’éditeur :

À quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari.

Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire?

C’était une commande, je l’ai acceptée. C’est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l’amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d’un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s’occupaient d’affaires de surendettement au tribunal d’instance de Vienne (Isère).

Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai.

E.C.

J’étais impatiente de lire ce roman et découvrir enfin l’écriture d’Emmanuel Carrère ! Je crois que c’est l’une des premières fois que je lisais un roman d’auto-fiction, c’est-à-dire dans lequel l’auteur est à la fois l’auteur et son propre personnage dans le livre, et qu’il traite d’expériences autobiographiques abordées de façon fictive.

J’ai d’abord été un peu ennuyée par le début du livre, lorsque le récit évoque le drame du tsunami au Sri Lanka, mais surtout parce que l’auteur-personnage m’a paru beaucoup trop grincheux, plaintif. Il donne en effet une note mélodramatique au récit du fait qu’il fasse tourner l’histoire autour de lui et du malaise qu’il éprouve en se voyant délaissé par sa femme, Hélène, qui s’occupe de la famille française endeuillée qu’ils avaient rencontrée à l’hôtel. Cela insuffle ainsi une atmosphère pesante mais ça paraît en même temps puéril à côté du drame humain innommable qui se joue d’être débordé par des sentiments de jalousie et d’égoïsme, surtout venant du narrateur. On en vient presque à douter de cette voix auto-fictive, en charge du récit.

Heureusement, une fois cette partie du récit passée, lorsque l’auteur en vient à parler de cette deuxième « autre vie que la sienne » ayant trait à la maladie de sa belle sœur, et qu’il n’est plus tant personnage que confident et conteur, l’histoire devient beaucoup plus forte et saisissante. L’écriture est simple et tout semble naturel, on peut deviner néanmoins qu’elle est en réalité très travaillée pour pouvoir donner l’impression d’une telle fluidité.

J’ai énormément aimé ce livre, il est très sensible et humain. Les personnages d’Étienne et de Patrice sont extrêmement touchants car authentiques. Ils se montrent tels qu’ils sont et laissent ainsi passer la lumière à travers leurs fêlures. La mort, qui plane sur une bonne partie du récit, est pleine de douceur, et la gravité pleine de tendresse. Ce sont des héros ordinaires tels qu’on rêve d’en croiser dans sa vie ou même d’être. On les sent apaisés, ayant saisi à bras-le-corps le mystère de la vie et de la mort, et presque reconnaissants envers le monde de toutes ces joies lumineuses qu’ils ont connu. A travers le récit qui se profile comme une série d’entretiens, on se sent très proche et lié aux deux hommes, et pourtant il n’y a jamais de voyeurisme ni de lourdeur, c’est toujours empreint de délicatesse. Il s’agit d’une histoire entière, pas lissée ni niaise ou encore simpliste, mais au contraire pleine d’amour, de pudeur, d’attention.

En conclusion, une très belle lecture, profondément humaine, de laquelle on ne peut que ressortir un peu bouleversé sans pour autant être dans la tristesse, sinon une forme de paix, face à un mystère insondable. Je recommande vivement D’autres vies que la mienne et je compte poursuivre ma découverte d’Emmanuel Carrère, sûrement avec L’Adversaire.

Bon week-end de lecture! 😉

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